La dépigmentation cosmétique volontaire, entre le psychique et le physique

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Par Jabin PHONTUS

Si le 21ème est marqué par l’évolution de la technologie, la dépigmentation cosmétique volontaire (DCV) suit également le train.

Considérée comme l’agissement volontaire par le biais de produits cosmétiques en vue de modifier la couleur de la peau, cette pratique s’avère très populaire en Haïti. Avec un but précis, la dépigmentation tend à éclaircir la peau chez les gens de teint foncé.  La dépigmentation cosmetique volontaire est un sujet à divers référents dans le parler Haïtien tel que « douko, bòdifil, bobistò, trayi blak… ». Une pratique dominante chez le genre féminin qui affecte aussi timidement le masculin. Rares sont les filles qui ne connaissent pas ces produits éclaircissants comme « Skin light, White express, Caro white… » et les recettes artisanales souvent à base d’eau de javel et autres substances chimiques. D’autres méthodes plus récentes ont révolutionné cette pratique, certaines personnes s’adonnent à des injections.  Ces injections à base de corticoïde fortement déconseillées ne restent pas impraticables malgré les risques présentés.

Ce fléau qui semble nouveau pour plus d’un, remonte à la plus ancienne civilisation mais tire son essence au XVIII siècles avec le travail des scientifiques sur le domaine. La peau noire dû à la forte quantité de mélanine devient une pathologie construite par la représantation sociale. L’ère coloniale reflète encore sur la pensée des gens, sur leur conditionnement. Forcé à se voir comme un objet, à se construire un complexe d’infériorité par rapport au blanc, les séquelles s’enracinent jusqu’à date. Le nègre Haïtien croit de plus en plus au teint clair comme perfection de beauté. << Manzè se yon bèl grimèl>> est souvent la qualification accordée par les hommes. Ceci justifie la motivation esthétique des femmes dans cette pratique. Voulant se faire accepter dans une communauté stigmatisée, on voit de plus en plus d’adeptes se vouer au décapage de la peau. Faible estime de soi, la couleur devient un mécanisme de se faire valoir. La migration interne favorise cette précarité, pour se créer une identité de « fanm lavil », la negresse s’acharne sur sa peau sous l’influence des aires urbaines. La recherche de l’esthétique et un complexe d’infériorité sont les facteurs courants qui stimulent le blanchiment de la peau.

Perte de valeur

Dans le temps, le noir dans l’Égypte ancienne était symbole de beauté allant même jusqu’à la divinité. Avec la conquête des nouvelles terres par les Européens à la fin du XVème siècle et la domination raciale, surgit une perte de valeur. Le noir sous la domination devenait « inférieur » aux yeux du blanc. Si on rumine aussi l’histoire coloniale haïtienne, même l’utilisation de la Bible pour forcer les noirs à se croire inférieurs était une option. Barbare, sauvage sont des appellations forgées pour désigner la catégorie de la peau ébène. Suite au tournant qui a marqué l’histoire par l’émancipation de la race noire, la stigmatisation a pris une autre forme. Falsification de l’histoire et intoxication dans le système éducatif canalisant vers la croyance de l’infériorité. Les médias internationaux relatent de plus en plus le côté esthétique avec l’image des blancs. Les grandes entreprises dans leurs pubs, valorisent le sexisme féminin avec la peau claire. L’image du noir souvent vacillée et souillée, est utilisée pour désigner la pauvreté, la misère, les actes de vandalisme et la mauvaise gouvernance. Ces intoxications mentales ont des répercutions sur les représentations. Les mannequins des séries “Novelas” qui submergent le domaine médiatique ne garantit pas l’espoir de la valorisation de cette race. Mettant prioritairement le teint clair en exergue, l’influence coloniale se poursuit mentalement.

Le mal biologique

Conditionné à se dévaloriser, à avoir honte de la noirceur de la peau, le mal est aussi physique. Par l’abus des différentes méthodes de dépigmentation, soit sous forme de gels, de savons, de crèmes ou d’injections, les effets nocifs répondent aussi à l’appel. Les dermatologues critiquent amèrement ces méthodes par l’étude de leurs méfaits. Attaquant la couche superficielle et protectrice de la peau, le sujet se trouve exposer à des infections.  L’apparition de la gale, des mycoses et autres infections bactériennes sont très courantes. Les acnés deviennent parfois plus fréquentes et les vergetures non admirables sont beaucoup plus irréversibles.  Suivant les effets secondaires de la dépigmentation volontaire, la dyschromie, l’atrophie cutanée sont considérés dans la liste. Elle engendre aussi l’hypertension artérielle, le diabète, l’insuffisance rénale et le cancer cutané dans la phase la plus avancée. Ce mal biologique s’associe à une forme d’auto destruction découlant du mental.

La couleur de la peau qui consolide l’identité de la personne, qui la relie à son origine devient le mal. Pris dans une manipulation mentale, cette perte de valeur préméditée aggrave l’épanouissement sociale de la race noire. La rééducation sociale et l’histoire de l’origine de l’homme devrait être considéré pour endiguer ce fléau: “nous sommes tous africains”.

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