La galère des petites et moyennes entreprises en Haïti

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Par Jabin PONTUS

Distinguées comme moteur de notre économie, les petites et moyennes entreprises(PME) font face à de très grandes difficultés qui impactent négativement leurs croissances. Pour Haïti, un pays qui cumule un taux de pauvreté exponentiel, les PME représentent environ 75 % des entreprises. Ce secteur est dominé par l’entreprenariat populaire connu comme le marché informel. Les PME sont souvent définies sur une base quantitative limitée de salariés et de revenu. Elles sont dites des entreprises à revenu limité contenant 5 à 19 salariés pour la notion petite et 20 à 99 pour la moyenne. Malgré cette forte densité des PME dans le pays, la pauvreté reste à l’apogée avec un taux de 58.9 % et un taux d’extrême pauvreté de 23.8 % pour une population assez jeune. Plus de 6 million d’âmes de la population ne peuvent pas répondre à leurs besoins essentiels. Le panorama de cette pauvreté reflète directement la situation économique du pays. Cette situation économique actuelle résulte de la mauvaise répartition des ressources qui symbolise l’application d’une politique publique boiteuse.  L’activité économique demeure plus active au sein des PME qui génèrent beaucoup plus d’emplois dans la société civile. Elles sont une source d’innovation qui contribue fortement au développement. La concurrence qui règne au sein de ces PME facilite l’élargissement de la sphère économique. L’entrepreneur voit toujours l’opportunité là où le désespoir bat son plein à cause de l’insatisfaction des besoins. Portant une ou des solutions à diverses attentes de la société, pourtant  invisible (s) aux yeux de l’Etat insouciant au bien-être de sa population. La Banque mondiale estime les PME à plus de 90 %  l’ensemble des entreprises dans le monde et emploient près de 60 % de la main d’œuvre du secteur privé. Ce qui justifie une contribution de 50 % à la valeur ajoutée brute (VAB) mondiale.  L’importance sociale et économique des PME dans le pays est d’autant plus considérable pour une prise en charge étatique favorisant leurs épanouissements.

Les contraintes s’enchaînent

Les contraintes qui se dressent face aux PME sont multiples et se résument par l’application d’une mauvaise politique publique d’incitation entrepreneuriale. Tout acteur contribuant au développement socioéconomique devrait avoir une considération particulière, un accompagnement de la part de l’Etat. Malheureusement dans le cas de notre pays, les PME n’ont pas accès aux crédits. Pour augmenter leurs capacités de production, elles nécessitent un support financier émanant des sociétés financières. Ces sociétés financières privées sont la propriété d’hommes d’affaires qui contrôlent aussi le marché. Pour éviter toute forme de concurrence ils n’accordent pas de crédit. Le boycottage devient une routine dans l’existence sociale, ce qui accélère la décadence de ces entités. L’enchainement continu pour se heurter à l’instabilité politique qui engendre l’insécurité. Le banditisme, les actes de vandalisme impactent négativement sur l’investissement. Ce climat fait suite aux exigences des chefs de quartier qui rançonnent les entrepreneurs. Pas d’assurance pour ces petites et moyennes entreprises, ce qui complique la régénération de ces acteurs de développement et limite la durée de leur vie.

Ajustement des responsabilités

L’existence des PME en partie doit être assurée par l’Etat qui est censé organiser une meilleure condition sociale pour les citoyens. Le support économique que confère ce secteur doit être appuyé pour réduire cette pauvreté chronique. Maintenir un climat de sécurité sociale et monétaire dans le pays pour faciliter l’émergence et l’accompagnement des PME sans boycottage. La formation technique des acteurs est primordiale pour une meilleure gestion. Avec l’encadrement nécessaire, l’accessibilité aux services et aux biens seraient une garantie. Accroitre leurs moyens de production c’est entamé le chemin du développement tant attendu.

Les PME dynamisent l’économie du pays sous différents angles, elles contribuent au bien-être social. Avec les différentes contraintes qui s’enchainent, l’image d’un Etat irresponsable, insouciant agrave le sort de chaque citoyen du pays.

La dépigmentation cosmétique volontaire, entre le psychique et le physique

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Par Jabin PHONTUS

Si le 21ème est marqué par l’évolution de la technologie, la dépigmentation cosmétique volontaire (DCV) suit également le train.

Considérée comme l’agissement volontaire par le biais de produits cosmétiques en vue de modifier la couleur de la peau, cette pratique s’avère très populaire en Haïti. Avec un but précis, la dépigmentation tend à éclaircir la peau chez les gens de teint foncé.  La dépigmentation cosmetique volontaire est un sujet à divers référents dans le parler Haïtien tel que « douko, bòdifil, bobistò, trayi blak… ». Une pratique dominante chez le genre féminin qui affecte aussi timidement le masculin. Rares sont les filles qui ne connaissent pas ces produits éclaircissants comme « Skin light, White express, Caro white… » et les recettes artisanales souvent à base d’eau de javel et autres substances chimiques. D’autres méthodes plus récentes ont révolutionné cette pratique, certaines personnes s’adonnent à des injections.  Ces injections à base de corticoïde fortement déconseillées ne restent pas impraticables malgré les risques présentés.

Ce fléau qui semble nouveau pour plus d’un, remonte à la plus ancienne civilisation mais tire son essence au XVIII siècles avec le travail des scientifiques sur le domaine. La peau noire dû à la forte quantité de mélanine devient une pathologie construite par la représantation sociale. L’ère coloniale reflète encore sur la pensée des gens, sur leur conditionnement. Forcé à se voir comme un objet, à se construire un complexe d’infériorité par rapport au blanc, les séquelles s’enracinent jusqu’à date. Le nègre Haïtien croit de plus en plus au teint clair comme perfection de beauté. << Manzè se yon bèl grimèl>> est souvent la qualification accordée par les hommes. Ceci justifie la motivation esthétique des femmes dans cette pratique. Voulant se faire accepter dans une communauté stigmatisée, on voit de plus en plus d’adeptes se vouer au décapage de la peau. Faible estime de soi, la couleur devient un mécanisme de se faire valoir. La migration interne favorise cette précarité, pour se créer une identité de « fanm lavil », la negresse s’acharne sur sa peau sous l’influence des aires urbaines. La recherche de l’esthétique et un complexe d’infériorité sont les facteurs courants qui stimulent le blanchiment de la peau.

Perte de valeur

Dans le temps, le noir dans l’Égypte ancienne était symbole de beauté allant même jusqu’à la divinité. Avec la conquête des nouvelles terres par les Européens à la fin du XVème siècle et la domination raciale, surgit une perte de valeur. Le noir sous la domination devenait « inférieur » aux yeux du blanc. Si on rumine aussi l’histoire coloniale haïtienne, même l’utilisation de la Bible pour forcer les noirs à se croire inférieurs était une option. Barbare, sauvage sont des appellations forgées pour désigner la catégorie de la peau ébène. Suite au tournant qui a marqué l’histoire par l’émancipation de la race noire, la stigmatisation a pris une autre forme. Falsification de l’histoire et intoxication dans le système éducatif canalisant vers la croyance de l’infériorité. Les médias internationaux relatent de plus en plus le côté esthétique avec l’image des blancs. Les grandes entreprises dans leurs pubs, valorisent le sexisme féminin avec la peau claire. L’image du noir souvent vacillée et souillée, est utilisée pour désigner la pauvreté, la misère, les actes de vandalisme et la mauvaise gouvernance. Ces intoxications mentales ont des répercutions sur les représentations. Les mannequins des séries “Novelas” qui submergent le domaine médiatique ne garantit pas l’espoir de la valorisation de cette race. Mettant prioritairement le teint clair en exergue, l’influence coloniale se poursuit mentalement.

Le mal biologique

Conditionné à se dévaloriser, à avoir honte de la noirceur de la peau, le mal est aussi physique. Par l’abus des différentes méthodes de dépigmentation, soit sous forme de gels, de savons, de crèmes ou d’injections, les effets nocifs répondent aussi à l’appel. Les dermatologues critiquent amèrement ces méthodes par l’étude de leurs méfaits. Attaquant la couche superficielle et protectrice de la peau, le sujet se trouve exposer à des infections.  L’apparition de la gale, des mycoses et autres infections bactériennes sont très courantes. Les acnés deviennent parfois plus fréquentes et les vergetures non admirables sont beaucoup plus irréversibles.  Suivant les effets secondaires de la dépigmentation volontaire, la dyschromie, l’atrophie cutanée sont considérés dans la liste. Elle engendre aussi l’hypertension artérielle, le diabète, l’insuffisance rénale et le cancer cutané dans la phase la plus avancée. Ce mal biologique s’associe à une forme d’auto destruction découlant du mental.

La couleur de la peau qui consolide l’identité de la personne, qui la relie à son origine devient le mal. Pris dans une manipulation mentale, cette perte de valeur préméditée aggrave l’épanouissement sociale de la race noire. La rééducation sociale et l’histoire de l’origine de l’homme devrait être considéré pour endiguer ce fléau: “nous sommes tous africains”.

Transition démocratique de 1987 en Haïti : l’épouvantable supercherie des politiques mitigeant leur dévolu au duvaliérisme

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Par William JEAN

La transition politique de 1987 en Haïti, dès son début, s’est vu confronter à un ensemble de défis dans le contexte d’application des politiques économiques de rigueur imposées par les organismes financiers internationaux tels que : la FMI, la BID et la Banque Mondiale. Ces mesures et/ou politiques, rentrant dans le cadre du plan néolibéral imposés aux pays sous-développés par les Etats et institutions occidentales dominants, connues sous l’appellation de plan d’ajustement structurel. Ce programme visait l’orientation et l’adoption des mesures néolibérales désengageant les administrations des pays tiers de la Caraïbe et d’Afrique dans les secteurs fondamentaux : éducation, santé, agriculture. Des recommandations de modernisation de l’administration publique et la bonne gouvernance ont été adressé à l’endroit des dirigeants d’Etat de ces régions pauvres de l’époque. Ce projet global d’appui et de restructuration de l’économie et des infrastructures des pays anciennement colonisé, spécifiquement des pays africains indépendants durant les années 1960, a été perçu et conçu comme un package pour appuyer les nouveaux Etats africains, et d’autres Etats défaillant à retrouver la voie du développement. La fin de la bipolarité hégémonique qu’a connu le monde après la chute du mur de Berlin allait de façon expéditive entraîner une vague de mouvement de réorganisation et de restructuration du système-monde avec les USA comme chef de fil et de tant d’autres pays européens fortement industrialisé et ayant la prédominance dans les grandes décisions politiques internationales.

Dans cette perspective, Samuel HUNTINGTON évoque les mécanismes par lesquels cette réorganisation et recomposition du monde s’est lancé sous l’égide des puissances économiques et militaires mondiales. Il écrit : « dans le procès de faire la promotion et d’entamer les projets de modernisation et de développement des sociétés dites traditionnelles, anciennement colonisées ou sous protectorat d’anciennes puissances occidentales, les décennies ayant suivi le mouvement de décolonisation en Afrique et en Asie du sud-est dans les années 60 et jusqu’à la fin de la décennie 80, les institutions financières mondiales outils de promotion des projets de rehaussement des pays en mal d’accumulation de richesse, devaient impulser les Etats défaillants à faire des réformes en profondeur visant la bonne gouvernance, le renforcement institutionnel, le fonctionnement maximal de l’administration publique et enfin, faire des choix  économiques  débouchant sur le chemin du développement [1]». Cette trilogie, à savoir la réforme politique, le renforcement administratif et la bonne gouvernance définissent et délimitent les nouvelles options, les nouvelles arènes sur lesquelles les pays appauvris doivent s’aligner pour parvenir au bout de leur pauvreté, du coup lancer leur développement. Ces impératives, bien qu’elles soient venues de la part des organismes financiers internationaux, constituaient déjà bien clairement les fondamentaux des revendications de la population haïtienne dans sa majorité lors des soulèvements populaires anti-Duvalier. Tenons-en à la première impérative, s’agissant de la réforme de l’Etat pour comprendre et fixer les responsabilités de nos politiques depuis la transition au regard de leur supercherie et de leur infinitude harangue.

La notion ou l’expression de réforme de l’Etat suivant le cadre conceptuel de Eric, GRISTI[2], s’impose dans les années 1990 pour désigner les actions menées afin d’améliorer le fonctionnement de l’administration. Depuis les années 2000, l’expression « modernisation de l’Etat » est employée concurremment à « réforme de l’Etat ». Elle entend poursuivre l’accroissement de l’efficacité de l’administration publique tout en réduisant ses coûts de fonctionnement, ce qui constitue une préoccupation majeure des pouvoirs publics. Tout ce processus repose sur l’engagement des autorités publiques à se responsabiliser par rapport aux points suivants : l’amélioration de l’efficacité de l’action administrative et la qualité de la gestion publique ; améliorer les relations entre l’administration et les administrés ; et enfin simplifier et réorganiser l’administration de l’Etat. Dans le contexte haïtien, vraisemblablement, le coup d’Etat de la junte militaire contre le président Aristide n’a pas permis ou facilité les chantiers de la réforme de l’Etat. Cependant, dès son retour au pouvoir en 1994, le pays a connu une certaine stabilité politique jusqu’en 2004, année dans laquelle, une fois de plus, Aristide était forcé de quitter le pouvoir et partir pour l’exile sud-africain.

De 1994 à 2004, rien de performatif et ambitieux n’a été réalisé au sein de l’administration publique haïtienne. Au cours de la période évoquée ci-dessus, ni l’administration d’Aristide ni celle de Préval n’a pas su endosser l’inévitable besoin de modernisation de l’Etat, s’agissant d’instituer et consolider les institutions étatiques prévues par la nouvelle constitution de 1987. ULCC, UCREF ont pris naissance après une succession de gestion politique du pays par Aristide et Préval, soit environ une décennie, par le gouvernement de transition dirigé par Gérard Latortue. Ces institutions de contrôle et de vérification et autres de même nature, ont pris naissance dans le cadre de l’assainissement de la finance publique et du contrôle des opérations financières engageant l’Etat et aussi le secteur privé des affaires pour venir à bout de la grande corruption qui gangrenait l’administration publique haïtienne. A la fin du mandat du régime de Boniface-Latortue, l’avènement de René Préval à la tête du pays pour une seconde fois, n’allait pas réellement engager la lutte anti-corruption relevant de la mission et de la vocation institutionnelle de l’ULCC et d’UCREF pour démasquer, de stopper et de freiner l’hémorragie que provoquait ce dit phénomène.

Déjà les rapports de 2007 et 2008 de la Banque Mondiale signalaient Haïti parmi les pays les plus corrompus du monde. Les dépenses folles ne cessent pas d’être engagé et réalisé par l’administration publique pour le compte des officiels. Voitures de luxes, frais de fonctionnement, détournement de projet et de fonds publics, octroie de faveurs à des amis ou sympathisants politiques, s’imposent comme pratique récurrente et/ou même principe directeur au sein de l’administration publique haïtienne. Pourtant, le marasme de l’archaïsme et du niveau extrême de délabrement des infrastructures routières, éducatives et sanitaires publics persistent et s’aggravent davantage. Le projet d’instaurer l’Etat démocratique se trouve contraint jusqu’à présent à la volonté des acteurs politiques d’établir et de respecter les normes et principes consubstantiels à la bonne gouvernance et de gestion transparente au plus haut niveau dans la finance publique. L’environnement étatique haïtien est enclavé jusqu’à présent dans un cercle vicieux de duperie et de tromperie des dirigeants et hauts fonctionnaires d’Etat vis-vis de la population par le mécanisme de rallonge de promesse et de projets frimant et fictif dans la grande majorité des cas.

 

Le phénomène de la corruption jusqu’à présent constitue l’un des obstacles majeurs à la bonne marche des institutions étatiques. Corréler par l’impunité et l’irresponsabilité des acteurs du système judiciaire, elle (la corruption) semble profiler, instaurer un imaginaire incontournable de pratique et d’interaction libertine emballant fonctionnaires et officiels dans les différents domaines de l’administration publique haïtienne. Dans beaucoup de situation exigeant des enquêtes approfondies pour établir la vérité sur des sujets d’intérêts publics, on trouve les concernés (présumé coupable et justiciable) se livrant à des tours médiatiques sans en être poursuivis ou interpellés par la justice. En ce sens, les affaires de surfacturation et du détournement de projets du fonds du petro-caribe est un exemple frappant du piteux état de l’appareil judiciaire haïtien, et aussi est représentatif du niveau de moralité des autorités publiques. Dans cette affaire, la justice s’efface promptement aux échappatoires médiatiques des présumés corrompus et corrupteurs. Le régime actuel dirigé par le président Jovenel Moïse, qui se dit lutter contre l’orchestration et manèges liés au phénomène de la corruption, regroupe en son sein une quantité de fonctionnaires et d’officiels indexés par le rapport de la commission anti-corruption du sénat, et qui n’ont même pas été écarté de leur fonction pour être entendu par la justice. Les corrupteurs et corrompus profitent tous du leste concerté consciemment ou inconsciemment des acteurs du système judiciaire.

D’inquiétude ou malaise, pour les malfrats et corrompus, il n’en saurait exister. Tout le réseautage regroupant amis ou hommes de cartels participent de l’orchestration, de l’arrangement des affaires au sein du système judiciaire. Des cas de procès kidnapping du dénommé Sonson la familia, la vague de détournement de projets et de fonds public par le gouvernement de Laurent Lamothe en témoignent beaucoup de l’état agonisant de notre justice. Refoulé par la majorité des gens pauvres de la population, bafoué par les politiques, le système judiciaire haïtien connait depuis l’entame de la « transition » une décrépitude acerbe. De jour en jour, les médias télévisés et radiodiffusés par leur tribune semblent inconsciemment ou pas, vouloir supplanter les différents tribunaux du système judiciaire haïtien. La légèreté des cadres, fonctionnaires, parlementaires, ministres et chefs d’Etat dans le traitement des affaires de la république, témoignent à chaque fois de leur inconséquence, de leur incapacité et immoralité pour faire fonctionner l’administration publique.

Innover, réformer, renouveler la capacité et la potentialité de l’Etat passent forcément par l’optimisation des moyens et la rationalisation des normes de l’administration publique. Toutefois, l’on constate une négligence inouïe, une irresponsabilité éprouvée de la part des politiques et administratifs, synchronisant l’Etat depuis l’entame de la transition « démocratique » jusqu’à nos jours. Leur désinvolture pour l’instauration d’une nouvelle administration publique transparente et moderne est manifeste. Les fonctionnaires restent quasiment en marges de l’usage des nouvelles technologies, les services perpétuent dans le débordement, la formation des cadres est à peine assurée. Le marasme fonctionnel de l’Etat haïtien, à coup sûr, participe du boiteux fonctionnement des institutions étatiques. La hiérarchie de pouvoir et de responsabilité dans l’administration publique haïtienne n’est aucunement liée à l’exigence du respect des principes, de la productivité et de l’innovation. Au contraire, l’incompétence, l’ignorance et l’ardeur corruptrice sont des cuirassent qu’il faut se revêtir pour pouvoir en trouver sa place. Le fonctionnement minimal de l’Etat haïtien, André CORTEN[3] l’explique et le décrit comme un processus d’affaiblissement perpétuel des dirigeants haïtiens, des institutions étatiques, ce qui leur permet et facilite la subalternisation, le contrôle de la puissance publique tout en éliminant les principes de gouvernance démocratiques et républicaines. Ainsi, renforcer la puissance publique participerait du processus de renforcement de nos institutions, du contrôle des agents et de la bonne gestion des avoirs d’Etat. C’est avec beaucoup de stupéfaction, l’on ne fait que constater la gouvernance « démocratique prônée » par les farouches partisans de la transition politique de 1987 conduit le pays vers un abysse effréné. Structurer, organiser et délivrer non seulement s’éloignent du plan d’action des décideurs mais aussi s’effacent de plus en plus dans le registre décisionnel des dirigeants et décideurs de l’Etat. Et cela concoure malheureusement à la stagnation économique et sociale du pays.

Depuis le passage à la démocratie, avec beaucoup d’effarement chaque administration, chaque pouvoir aux commandes du pays se vante toujours de faire mieux que son précédant. Pourtant dans les faits, aucune réalisation et/ou chantier public atteste des frasques grandiloquentes des uns et des autres. Outre de cette considération, l’on peut constater une sorte de refus, une sorte de dénégation accrue de la part des dirigeants, des gouvernants, lorsqu’il s’agit d’entreprendre les actions symbolisant le progrès, quand il est question d’initier les chantiers modernisateurs de l’Etat haïtien. Aujourd’hui encore, la création et la construction de grandes infrastructures publiques (institutions étatiques et d’édifices publiques), dans la majorité des cas, remontent soit avant le règne des Duvalier ou durant leur gestion dictatoriale du pays. La gestion de l’Etat sous l’hospice des gouvernements démocratiques frôle le chaos et s’apparente de plus en plus à la déraison. La tendance est très pathétique lorsqu’on observe de plus près le comportement des dirigeants vis-à-vis du reste de la société. Le mensonge, l’immoralité, la cupidité, les prouesses fanfaronnes et bravaches en sont l’étoffe des officiels de la république. Le sens du sérieux et d’engagement sont relégué au point de dernier souci des différents acteurs des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire).

Plus que jamais, l’Etat haïtien se trouve entravé, plombé dans des scandales à longueur de journée. Les politiques et administratifs ne cessent d’agacer la population avec des affaires les unes plus ignobles que les autres : corruption, détournement de fond public, trafic d’influence, collusion, impunité, abus de pouvoir etc. Un fait reste constant, inébranlable dans l’actualité quotidienne des politiques, l’accusation réciproque et du dénigrement à tout prix entre pairs, dans l’optique de trouver bonne grâce auprès de la population qu’ils ne cessent de dépouiller et de dédaigner. Les officiels sont extrêmement frappés par la paranoïa de la perte des privilèges. Une fois en fonction, l’élue peine à se détacher, à se défaire de la posture de candidat ou de pressenti. Même en investissant la fonction ou le poste ces derniers (élus et fonctionnaires) sont en mal de se représenter leur responsabilité. De telles attitudes et comportements semblent participer du mécanisme incessant d’usage de mensonge et de tromperie des politiques vis-à-vis des dirigés.

Et c’est en ce sens que Gérard BARTHÉLÉMY[4] évoque le côté trompeur et même manipulateur des acteurs de la transition politique post-dictature, en constatant que les velléités de changement exprimées par les masses en soulèvement contre le régime duvaliériste en 1986 n’allaient pas être prises en considération dans les agendas politiques des dirigeants de l’ère démocratique. Les catégories sociales massivement pauvres des bidonvilles et de la paysannerie n’allaient pas être accompagnées par les différents gouvernants « démocrates » en vue de trouver une certaine satisfaction par rapport à leurs diverses revendications qu’elles (les masses ouvrières et paysannes) avaient formulées. Au contraire, la précarité quotidienne de ces couches sociales négligées, n’est pas prise en compte dans la conception et l’exécution des programmes/projets publics. La liberté d’expression, l’un des acquis importants reconnu et garanti par la constitution de 1987, se trouve réinterpréter dans l’arène politique comme le libertinage de tout dire, et s’apparente à l’expression du verbiage, du radotage et bavardage des politiques en s’accaparant l’Etat.

 

L’Etat « démocratique » à l’épreuve de la sérénité et de la véracité du dire.

Plus que jamais, la société haïtienne se perd dans la fourberie, dans l’impunité et aussi bien s’enfonce dans le dilemme de l’exceptionnalité du vrai. Au plus haut sommet de l’Etat, les politiques, par leur persistance dans l’irraisonnable, la duperie et le malfrat taraudent sans répit l’abysse de la parole mystificatrice et trompeuse. L’ère de la parole libre, conquête des groupes sociaux majoritairement méprisés, défavorisés de l’ancien régime, est complètement retournée contre cette majorité. Les médias, en grande proportion participent de cette dynamique de restriction de parole aux masses défavorisées du pays et s’imbriquent dans la marchandisation de tribune aux groupes et catégories sociales disposant de grands réseaux d’influences et moyens financiers, particulièrement les politiciens en vue d’une certaine pérennisation du statu quo.

En outre, toute la lubie de transparence gouvernementale, de justice sociale et de répartition équitable des richesses de l’Etat claironnés par les gouvernants « démocrates » ne se réduit qu’à des palabres. La tyrannie de la parole mirobolante, de la fugue allocutive incorpore la nouvelle classe dirigeante, et s’établit en tant que mécanisme de réitération et de perpétuation de la domination du grand nombre. Il ne serait pas de trop d’entrevoir dans le processus de déroulement de la transition politique initié par le pouvoir démocratique du président Aristide en 1991, une entreprise d’instauration d’arrangement et de positionnement dans l’arène politiques des clans de frustrés, de torpilleurs, de revanchards, de grandiloquents et de corrompus. Tous les référents communicatifs d’acteurs du nouveau régime évoquant l’Etat responsable et la bonne gouvernance des autorités publiques servent à masquer l’interminable pratique redondante de dédouanement, d’irresponsabilité abjecte des dirigeants politiques. L’implantation du nouveau régime politique post 86, participe et amplifie la logique et stratégie communicationnelle structurant les inconséquences et le manque d’engagement des dirigeants face aux multiples défis du « nouvel Etat ».

L’étoffe structurelle et discursive de la politique d’imposture et du désengagement de l’Etat et de ses moyens, consubstantielle à l’arène politique nouvellement établie et instituée lors du changement de régime en Haïti post-Duvalier. Cette dite étoffe s’active et se modélise à chaque fois, suivant des dynamiques temporelles et sélectives d’annonces et de promesses, représentatives d’un ethos nonchalant et de supercherie caractérisant toutes les entailles de l’administration publique, particulièrement son mode d’organisation. En s’activant de manière représentationnelle, les communications des hommes et femmes politiques du pays ramènent le jeu politique à un niveau d’enclos tel, on entreverrait un pacte, un complot tacite des acteurs politiques indifféremment de leur horizon politique. Ils-elles se rangent dans un même registre de discours quand il s’agit de s’adresser aux grandes couches sociales défavorisées, aux masses précaires de la société haïtienne.

Cette triture gouvernementale s’impose par la force de l’exercice et de la pratique délibérée des politiques, s’octroyant de façon unilatérale le pouvoir de dire n’importe quoi et n’importe quand à la population, sans aucune retenue et sérénité. Les acteurs politiques, une fois dans l’étreinte de la gouvernance se confine dans leur glas de privilégié. Ils se prélassent le plus souvent d’une attitude de fuyard ou de victime. Un mécanisme leur permettant de se démarquer des affaires de la population pour se procurer, s’inventer des mécanismes d’auto-contrôle et d’arrangement entre autorités et hauts cadres de l’Etat pour mieux gérer et organiser la corruption d’Etat. Ce qui amène le plus souvent, une rhétorique de déresponsabilisation dans la fonction publique haïtienne, c’est-à-dire dans l’exercice d’une fonction politique, impliquant l’administration publique ou de la gouvernance publique, on entend souvent des titulaires tout en étant en position de responsabilité se plaignant de la mauvaise gestion de l’institution ou de la boite qu’ils dirigent. D’autant plus, c’est sans gêne que l’on trouve des chefs d’Etat ou chef de gouvernement en fonction évoquent l’Etat en ces termes :

« leta sa a nou paka fè anyen avèl, nan eta li ye la », Evans Paul, de son rang de premier ministre sous la presidence de Michel Martelly lors de son passage à l’émission le point animée par Wendel Théodore en mars 2015.  On peut en ajouter l’ex president Martely « sistèm politik kila a pouri, ou paka fè anyen avèl ». Lors de son discours d’investiture en mai 2010.

Des types de discours, on les repère très couramment chez les grands commis de l’Etat. Ils cherchent toujours une échappatoire, ils veulent constamment dissimuler maladroitement leur responsabilité dans la gabegie institutionnelle et administrative en étant en fonction. Ce qui témoigne de leur part un type de fatalisme agissant, tout en étant en position de décideur dans la haute fonction publique. Cette attitude ou posture des responsables d’Etat structure le champ de la responsabilité politico-administratif et institutionnel haïtien. Elle crée une sorte de prédisposition à accepter l’anormal, l’incompétence et l’irresponsable comme cadre de figure, ou comme épiphénomène par la force de la représentation et de l’imaginaire de l’Etat vache-à-lait produit par les politiques.

Dans la majorité des cas, la mobilisation du mal du pays des hommes politiques et/ou candidats ramasse ou retrace l’ethos dénonciateur rejoignant une forme spécifique de discours politique intégrant l’art de masquer. Ils ne s’importunent pas réellement de l’obligation de changer le mauvais cap fonctionnel de l’administration qu’ils entendent diriger. Dans cette perspective, il est important de situer à chaque fois le porteur du discours par rapport au système discursif diffus dans l’arène politique. L’usage préféré et adopté de nos responsables en Haïti, accrochant le mensonge et la parole fabuleuse peut être saisi comme un actant du système politique. En ce sens Pierre Bourdieu évoque « l’importance et la force de la représentation en rapport aux liens sociaux et communicatifs d’acteurs construit autour d’un phénomène sans que ce phénomène soit réellement l’objet réel de l’énoncé [5]». Quand on évoque la corruption en Haïti, surtout les politiques, on en fait pas débat pour réellement plancher sur la question. Le plus souvent le lieu et/ou l’individu qui porte le discours est davantage plus préoccupant que le phénomène lui-même. Vu que, surtout au niveau de l’Etat manifestement, sa présence (corruption), semble créer plus de spectacle que de mesure pour redresser et sanctionner les pratiques l’engendrant.

L’épreuve de laquelle l’on parle dans ce texte, interpellant l’Etat haïtien dans l’ère de la démocratie, n’est autre que les conjonctures et circonstances se présentant à chaque fois dans la vie de la société haïtienne apostrophant le réalisme et le scrupule des dirigeants. S’il est vrai que    le chantier de l’implantation, de l’instauration d’une autre culture politique n’allait pas se faire, se réaliser sans hésitation et trébuchement, toutefois le leurre et la supercherie ne sauraient mieux armer les acteurs dans cette entreprise. Déjà la réinvention de la politique dans le contexte de la réorientation et de la reconduction des rapports de pouvoir entre les dirigeants et la population est très mitigée, très soupçonneuse. L’accumulation de déficit de transparence et de rectitude des dirigeants dans les aventures engageant le sort des citoyens participe d’une complication extrême des rapports citoyens-décideurs. La persistance des flux de promesses de la part des politiques comme mécanisme de conservation et de préservation de liens et rapports avec la population concourt à l’étranglement et à la dénaturation des attentes des catégories sociales dominées dans la transition politique. Par ce fait, les politiques, jusqu’à nos jours, plus de trente ans après l’entame du processus par la force de l’irréalisation et de faible accomplissement se mettent incessamment à mobiliser les mêmes inquiétudes, les mêmes désarrois présentés sous l’échiquier politique par les catégories sociales défavorisées majoritaires du pays depuis la grande révolte de 1986.

Il suffit de procéder au décryptage, à l’examen des maquettes de communication électoraliste depuis la campagne électorale de 1990 jusqu’à date pour comprendre l’interminable procès de mythification du changement des rapports des politiques vis-à-vis de la population. Le discours articulant le besoin de changer les choses, de refonder l’Etat, de mettre les institutions républicaines au service des masses défavorisées du pays se cantonnent depuis l’ère d’Aristide jusqu’à Jovenel Moise aujourd’hui. La problématique de la sécurité alimentaire, du relance de la production nationale et de la préservation des terrains agricoles à l’échelle nationale, continue de ne pas être une préoccupation pour l’Etat de la transition politique. La répartition et la redistribution des biens et services de l’Etat, à travers toutes ses institutions et de ses composantes, l’exigence cruciale, fondamentale de la grande majorité de la population aux protagonistes de la transition reste refoulée.

Trop à l’affût de la substitution des groupes privilégiés de l’ancien régime, la nouvelle classe politique émergée n’allait se composer que de groupes d’intérêt rôdant autour de la nouvelle administration publique, visant tous, la confortation de pouvoir, d’avoir et de privilèges en gardant captif l’Etat « démocratique ». La mise à l’écart tentaculaire des couches populaires venant des catégories paysannes, ouvrières dans la redistribution de services par le nouvel Etat atteste des legs exclusivistes de la dictature. L’imaginaire de privilégié, de conquérant orchestré et promu par le pouvoir politique depuis le fondement de l’Etat haïtien a eu tout son effet dans l’implantation de tous les régimes se défilant au pouvoir depuis 1990. Le dilemme de la gouvernance démocratique haïtienne semble s’inscrire dans l’adulation effrénée du mensonge dans les plus simples interstices de la politique. Au fait, le mensonge intercepte la politique par sa surreprésentation dans l’arène, mais concourt très souvent dans l’entremise de séduction.  Dans cette perspective, Patrick CHARAUDEAU écrit :

« Dans l’arène politique, il est impossible de ne pas mentir, au moins par omission. Pour réduire les risques, les acteurs disposent de stratégies discursives bien rodée : celle de l’oubli, du fou, de la dénégation et de la raison d’Etat. »  Plus loin dans la réflexion, il poursuit en disant « ce qui compte, dans le mensonge, n’est pas son fait, mais le motif qu’il suscite. D’une manière générale, il est un acte de langage qui obéit à trois conditions : énoncer le contraire de ce que l’on sait ou pense ; en être conscient de ce qui fait un acte volontaire ; donner à son interlocuteur des signes qui fassent croire à celui-ci que ce que l’on énonce est identique à ce que l’on sait ou pense, ce qui distingue le mensonge de l’ironie[6] ». Toutefois, son recours et sa récurrence démesuré dans les liens entre la population et ses dirigeants semblent concourir à délégitimer son usage.

L’inflexion quasi totale des dirigeants aux mensonges et la délinquance officielle comme manœuvre de gouvernance, complique et restreint les possibilités d’inter-compréhensibilité dans l’expression et l’assise de la démocratie en Haïti. Tenir toute une population sous l’emprise de fausses promesses et d’allocutions manipulatrices, loin d’engendrer un climat de tranquillité, de sommeil chez les grandes masses pauvres, peut se révéler incitateur d’actions violentes et illimitées dans ses portées. D’ailleurs l’on a déjà vécu ces scènes-là sous le régime de Sylvain Salnave et aussi sous celui de la dictature des Duvalier. Le mensonge, comme mécanisme de diversion des politiques, ne fait pas cavalier seul s’agissant des manœuvres, des acrobaties mobilisées par les dirigeants pour détourner l’attention de la population, surtout les catégories défavorisées (paysanne et ouvrière) sur leur mauvaise gestion. Leur disposition (les dirigeants) à inventer en grande propension des scandales, fabriquées, provoquées et planifiées accompagne quasi immanquablement leur opération mensongère. Les multiples occasions de dévoilement de mauvaise gestion, de dilapidation et détournements de projets fonds publics, d’impunité et d’enrichissement illicite orchestré par les dirigeants d’Etat en sont récurrentes dans l’actualité politique. On peut encore revenir avec le dossier de petro-caribe par le corps parlementaire durant ces deux dernières années.

Plancher sur le dossier et créant tout un suspens dans la population, l’assemblée des sénateurs semble enfouir l’affaire dans une nébuleuse attente. Un ensemble de manœuvre discursive maladroite se déploie par le sénat haïtien, les unes plus grotesques que les autres. Diversion, verbiage et pots-de-vin dénoncés entre pairs dans l’affaire, semble participer d’un mécanisme de neutralisation de l’opinion publique. Un fond que nos petits enfants auront encore à rembourser, une dette crapuleuse que les contribuables doivent supporter le coût pour le simple fait d’avoir été spectateurs et victimes de l’avidité, de la cupidité des dirigeants de la république.

De façon pérenne, les gouvernements et gouvernants dilapident les fonds publics, et s’en remettent à chaque fois à la rhétorique du subterfuge, de démagogie et des arguties fagotées de toute pièce, au cas où la clameur publique s’y mêle.  Toutefois, par mégarde ou incommodité la justice penserait à s’y introduire. Lors d’une séance en assemblée de sénateurs à la fin du mois d’octobre dernier, une altercation s’est éclatée dans un échange sec de propos irrévérencieux entre le sénateur Antonio Cheramy et Hervé Foucand sur le dossier de corruption du fonds petro-caribe. Lors de l’engueulade, c’était sans aucun retenu et dans une ambiance burlesque qu’on assistait à une scène de grogne et de récrimination mutuelle. Une scène dans laquelle les deux sénateurs se guerroyaient et se renvoyaient les insultes en ces termes ; on pouvait entendre le premier crier :

« sepa sena a se yon bann vòlè ki ladann » et l’autre répliquait « pa gen moun ki sen la tout moun mouye nan dosye petro-caribe a ».

Ces exemples pris de façon éparse, comptent pour le moins parmi les multiples situations qu’on pouvait en mobiliser. Dans la majorité des cas, des situations concernant la reddition de compte et d’établir les responsabilités d’acteurs de la gestion des affaires publiques ; pour lesquels la population exige et attend des explications des gouvernants, aucun sérieux, ni sens de responsabilité sont à rechercher du côté des dirigeants. Au-delà du fait que les décideurs au niveau de l’Etat s’en moquent royalement du droit de contrôle de la population, d’autant plus, ils estompent par cette attitude et cette posture la possibilité de la réalisation de la politique. Sachant que tout régime de démocratie représentative implique forcément l’explication entre les représentants et mandants. La politique, telle qu’elle est aussi exercée dans le cadre de l’instauration et de la consolidation dans l’ère de la transition, se ramène trop souvent aux fresques du soupçon. Le grossissement de confusion et l’averse d’accusation sans suite, de dénigrement crû, mobilisés constamment par les hommes d’Etat dans l’administration publique de manière réciproque, dissimulent, maquillent les défis sociaux pour lesquels ils ont été choisi pour adresser et améliorer. L’arène politique établie après les Duvalier semble se ramener pour être moins férule, à un cadre représentatif d’enrichissement par les différents occupants-tes et constitue du coup l’espace de prédilection pour l’accumulation de biens illicites et de privilèges déraisonnés dans l’Etat.

Les aveux de l’ex-sénateur Anacacis Jean Hector dans différents médias, particulièrement dans l’émission animée par Marie Lucie Bonhomme : l’invité du jour – en novembre 2011 décrit très bien la corruption de nos législateurs.  Il a tenu à préciser pour l’auditoire, concernant le vote favorable à Laurent Lamothe pour devenir premier ministre du pays : « tout moun mouye. Gen sa ki te jwenn gwo malét e gen lòt ki jwenn ti malèt ». La question de l’idéologie politique, de la sérénité et d’engagement sur les conditions précaires de la population ne sont jamais prioritaires pour ces derniers. Les parlementaires (députés et sénateurs) ont choisi de s’enliser sans aucune retenue dans l’appât du troc de vote contre des pots-de-vin et faveurs provenant du réseautage de Laurent Lamothe. Le spectre de la corruption, vraisemblablement, ne cessera pas de s’étendre sur      le pays, car les plus hauts placés dans l’Etat se rangent en ignobles promoteurs. Rendre l’Etat aux catégories sociales négligées et méprisées durant les décennies de la dictature, tel a été le cri des millions d’haïtiens et haïtiennes lors des mouvements de révolte un peu partout sur le sol haïtien aboutissant à la fin du régime des Duvalier.

Revenons sur la question des scandales ! Toute la dynamique de fourvoiement, tout le mécanisme d’errements machiner par les représentants de l’Etat s’associent des circonstances peu claires articulant suspicions voulues, très souvent, dans le cadre des actions posées ou menées au nom de l’Etat ou sous le couvert d’autorité publique. Le flux et la récurrence des actes répréhensibles des hommes et femmes au pouvoir en Haïti éclipsent leur responsabilité et fonction par leur prolifération dans toutes les structures étatiques. Du détournement de fonds publics par un directeur général de l’ONA, Sandro Joseph, pour l’achat cash de voitures neuves à des époussettes sous le régime de René Préval. De l’accusation de viol d’une assistante de bureau par le président du CEP, en occurrence l’avocat Josué Pierre-Louis sous le régime de Martelly ; l’annonce d’émolument de deux millions de gourges faite par le premier ministre Evans Paul en faveur de chaque ancien haut dignitaire de son gouvernement en fin de mission, sans prévision budgétaire. Et tant d’autres actes pouvant se catégoriser aux rangs de ces faits situent l’ethos scandaleux des dirigeants et autorités d’Etat. Au niveau de la diplomatie haïtienne, les scandales se parent en grande proportion d’étoffe parlementaire. Et depuis bon nombre d’années pour ne pas dire à l’aube du nouveau régime « démocratique », Haïti n’arrive pas à s’octroyer les bonnes opportunités de coopération et d’investissement étranger vu la maladresse et l’incompétence de nos diplomates et chargés d’affaires. En assemblée, avec beaucoup de stupéfaction et de niaiserie, les parlementaires se balancent et se dénoncent sur le népotisme et le favoritisme étouffant, conditionnant le déploiement de cadres expérimentés, formés, connaissant bien les grandes lignes prioritaires du développement de partenariat dans des domaines stratégiques pour le pays avec d’autres Etats. Des femmes, enfants, amis, époussettes sans compétence et sans formation des parlementaires détiennent des lettres de créance dans nos consulats les plus importants et représentatifs de notre diplomatie. D’ailleurs, l’affectation de la fille non majeure du sénateur Jacques Sauveur Jean au consulat de Washington avait créé, provoqué un scandale médiatique dans l’opinion publique. Fors de cela, l’embauchage massif de personnels dans nos divers consulats par les parlementaires et proches des dirigeants au pouvoir témoigne de la situation déplorable du fonctionnement de notre diplomatie.

Les signaux de pays assisté que l’Etat haïtien continue d’envoyer aux pays voisins et amis sont du ressort du fonctionnement diplomatique exécrable dans lequel le pays s’est longtemps plongé. Gouvernement après gouvernement, législature après législature, la population n’est jamais informée de l’orientation des politiques étrangères du pays, en termes d’axes prioritaires pour le développement d’accord et de partenariat durable dans les domaines de santé publique, d’éducation, de formation professionnelle, d’agriculture et autres. A l’exception des rares cas comme l’accord passé entre le gouvernement d’Aristide en 1995 et de celui de Cuba pour la formation de professionnels en soin de santé, poursuivi par le président Préval lors de son premier mandat. Toutefois, l’on connait bien les suites malheureuses de cet accord, l’Etat haïtien n’a pas su intégrer ces professionnels de la santé dans le régime sanitaire public. Beaucoup de jeunes haïtiens-haïtiennes ont pu bénéficier de bourses d’études après le séisme de 2010, dans des domaines quasiment non répertoriés par l’Etat haïtien, s’agissant des programmes d’études constituant une politique de mobilisation de savoirs et techniques pour le besoin de l’Etat.

Ainsi, ce dont les politiques appellent couramment « transition démocratique » en Haïti, semble rejoindre une avalanche de reconduction de pratiques et imaginaires, réinterprétés dans un système politique se réfutant les personnels ayant servi le duvaliérisme sous prétexte de nouvelles présences dans l’arène.

 

[1]– HUNTINGTON, Samuel “The change to change: Modernization, Development, and Politics”, Comparative Politics, Volume.3, n° 3, p.288, Avril 1971.

[2]– GRISTI, Eric, La réforme de l’Etat, p. 354, Paris, Vuibert, 2007.

[3]– CORTEN, André, L’Etat faible. Haïti et la République dominicaine, p. 71, Editions Mémoire d’Encrier, Québec 2011,

[4]– BARTHELEMY, Gérard, op.cit, page 45.

[5]– Bourdieu, Pierre, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, p.105, Paris, Edition Fayard, 1982.

[6]–  CHARAUDEAU, Patrick, “ L’art de mentir en politique”, Article de la rubrique “Focus”, n° 256, Février 2014.

Haïti-COVID-19 : Devrait-on parler d’enjeux ou d’opportunités pour l’agriculture haïtienne ?

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Par Jabin PHONTUS

« On ne devrait pas parler d’impact négatif, le coronavirus n’est qu’une opportunité de faire valoir la production nationale, de promouvoir l’émergence de nos milieux ruraux », avance l’Ing-Agr.Talot BERTRAND à l’émission ECHO+.

Reçu comme invité  à l’émission ECHO+  sur les ondes de la radio Télévision Caramel, le samedi 30 Mai 2020 à 6h pm, l’Ing-Agr.Talot BERTRAND (secret.gén.PROMODEV) n’a pas retenu ses mots pour dénoncer le mépris des autorités haïtiennes de l’agriculture.  Dès la lueur de l’année 1986, on assiste à un déclin évolutif de l’agriculture. L’adoption d’une politique néolibérale imposée de l’extérieur par manque de clairvoyance de nos politiciens affecte gravement la production agricole. L’importation devient de plus en plus importante avec la baisse des tarifs douaniers.  Ne pouvant plus rivaliser les produits étrangers par leurs faibles coûts, le paysan se trouve dans l’incapacité d’écouler ses produits. L’abattage abusif des arbres pour le charbon de bois semble devenu l’issue favorables des paysans. Suite à ce recours, la dégradation de l’environnement tant vers son paroxysme. La production nationale ne satisfait à présent que 45% de la demande en consommation alimentaire. La plus grande satisfaction découle de l’importation qui effrite l’économie du pays. 45% du PIB dans les années précédentes découlaient de l’agriculture. L’exportation du café, du cacao, du sisal, de la mangue francisque et l’huile de vetiver font la réputation mondiale du  pays.  Malgré tout, l’agriculture représente aujourd’hui 25% du PIB et emploie plus de 70 % de la population.  Avec le Coronavirus, la pression devient palpable au niveau mondial sur tous les angles. Le monde fait face à une pénurie alimentaire ce qui sonne mal pour un pays voué à l’importation. Haïti selon l’ing-Agr.Talot BERTRAND, a la capacité de produire mais n’a pas ce flux de volonté ancestral d’agir pour le bien commun. Avec un potentiel exploitable de 10 000 ha de terres arables, le pays dispose suffisamment de ressources. « Bay pèp lan lamanjay, se pa sa ki nan ajanda mesye dam ki nan gouvènman yo », affirme l’Agronome. Avec plus de 4.1 millions d’Haïtiens qui se trouvent dans l’insécurité alimentaire selon la CNSA (Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire), le pays a de quoi s’inquiéter pour les jours qui suivent. Nourrir sa population est une obligation première à tout gouvernement qui par une politique agricole adaptée et soutenue  doit aboutir à l’autosuffisance alimentaire.

Définir une politique agricole

L’obligation de définir une vraie politique agricole est de plus en plus percutante. Plus de personnes vulnérables à nourrir et on ne peut pas compter sur l’extérieur.  Il faut agir en amont  pour porter des solutions urgentes et durables. Le regard doit se porter techniquement sur le renforcement de la production nationale comme issue. Une politique agricole visant le renforcement des activités productives est nécessaire. Prenant compte de nos ressources disponibles et la réalité présente pour établir une politique adaptative. Le premier devoir est d’assurer les agriculteurs contre les différents aléas d’ordre climatiques (naturels) ou socioéconomiques. Pour en parvenir, un accompagnement technique, scientifique est de mise pour le paysan. La disponibilité du capital, un élément essentiel pour subventionner les intrants et pour faciliter l’accessibilité aux agriculteurs. Le milieu rural haïtien, centre des activités agricoles doit être considéré à sa juste valeur. Création d’infrastructure pour maintenir la main d’œuvre et pour améliorer la condition d’existence du paysan. Le développement rural est la clef pouvant solutionner ce fléau destructeur, lexode rural. D’autre part Les Universités doivent êtes bénéficières d’accompagnement pour la recherche afin de procurer obligatoirement le service dû.

Un ministère d’agriculture pour faire quoi ?

Dans son appellation relève une grande mission, Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR). Une institution mandatée pour sauvegarder les activités agricoles par l’utilisation durable des ressources naturelles et pour favoriser le développement rural. Sauvegarder implique une tache administrative qui assure la gestion à un but précis. Sur cette mission une remise en question de l’existence du MARNDR en Haïti n’est pas à négliger.  « Pa gen ministè agrikilti nan peyi » dénonce l’agr. Talot BERTRAND, de son côté c’est plutôt une institution de snobisme. Les fermes agricoles du pays existent à peine et les BAC sont inactifs. Le ministère et le pouvoir exécutif doivent travailler de concert pour consolider la politique agricole. Connaissant les priorités et détenteur de cadres professionnels, le MARNDR a l’autonomie d’influencer son allocation au budget de l’exercice fiscale. Pour une relance agricole dans le pays, 3.4 % du budget de l’exercice fiscale 2019-2020 est accordée au Ministère de l’agriculture. Une diminution hautement remarquable par plus d’un dans la société civile mais reste encore inaperçue aux yeux des autorités.

Une opportunité de plus

Haïti sujet de plusieurs faits tant naturels et sociaux a eu une multitude d’opportunités de relancer son économie en se basant sur ces ressources. Par faute d’application d’une bonne politique publique, le pays est resté dépendant des puissances prédatrices du monde. De 1986 à nos jours, l’idéale patriotique n’a jamais eu sa place dans les différentes formes de politiques appliquées. Le Coronavirus par son apparition appelle les citoyens à une conscientisation. Cette pandémie occasionne une valorisation beaucoup plus poignante sur la production locale et nos plantes médicinales. Enorme la quantité de gens qui en fait usage et en fait l’éloge mais la question reste encore controversée aux yeux de nos politiciens. Assurer le bien être de chaque individus sur le territoire devrait commencer par satisfaire leurs besoins alimentaires.

Le budget 2019-2020 témoigne les préoccupations de l’Etat,  les 3.4% pour le secteur agricole prouvent que le bien être de la population est bien loin d’être prioritaire pour les autorités Etatiques.

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